Manquant cruellement de temps, je n'ai pas écrit pendant un certain temps. D'autant plus qu'il existe de nombreux blog pour traiter de l'actualité en France.
Ces blogs ont tendance à raconter un peu tous la même chose. Ils sont souvent de qualité...mais j'estime que le devoir d'un blog n'est pas de raconter l'actualité.
Pour l'actu, LeMonde le fait très bien. LeMonde contextualise aussi parfaitement les choses. C'est pourquoi aujourd'hui je vous propose une nouvelle fois une reflexion purement personnelle,
bien qu'argumentée de sources publiques et verifiables de tous.
L'action de N. Sarkozy paraît à beaucoup d'entre nous comme illisible. Il n'aurait pas de ligne directrice, on a l'impression
il gère au jour le jour.
- C'est le 4 décembre 2007 que la vraie rupture a eu lieu. Dans une interview télévisée. N. Sarkozy était attendu sur le thème du pouvoir d'achat. Inutile de revenir en détail sur ce discours :
beaucoup l'ont déjà fait.
Mais grossièrement il ressort ceci de cette interview :
1) pour la premiere fois Sarkozy affirme qu'il tente tout ce qu'il peut et qu'on verra si y a des résultats ou pas. En gros : abandon de l'idée que seuls les résultats comptent, et entrée en force
de l'idée que s'il fait tout pour avoir les résultats, même sans résultat, on peut le féliciter. Ca me fait doucement sourir, car Sarkozy essaye d'introduire cette gestion de résultat dans tous les
domaines de l'action publique. Mais fâce à la dure réalité, lui même se rend compte combien une gestion qui ne tient compte que des résultats est impossible et non souhaitable.
2) le dernier tabou des 35 heures sauttent. Pour la premiere fois, Sarkozy, ses ministres, et la majorité UMP n'hesitent plus à dire ouvertement qu'ils "détricotent" les 35 heures.
3) aucune ligne force. Sarkozy annonce une foultitude de mesurette sans aucune ligne directrice.
4) Pour la premiere fois, on a l'impression que N. S. a perdu pied.
Bref, après cette interview, on a l'impression que Sarkozy ne sait plus où il va et pratique une gestion au jour le jour.
C'est en partie vrai, mais en réalité l'idée de Sarkozy est de
transformer le modèle de société de la France. Je ne parle pas seulement de limiter du poids du secteur public mais
de transformer la France en une miniature des USA.
Pourquoi j'en suis arrivé à cette conclusion. Parce que
la plupart des mesures qu'il propose auront un impact limité sur l'économie. L'impact est symbolique.
1) Proposer de généraliser l'ouverture des magazins le dimanche n'apporte pas grand chose soyons serieux.
Certes, comme très peu de magasin le font (les magasins touristiques et ceux qui nhesitent pas à s'acquitter des amendes) ils ont un chiffre d'affaire largement supérieur à un jour de semaine. Mais
si tous les magasins faisaient ça...
2) Proposer une réforme du code de travail pour favoriser la flexibilité n'aura qu'une utilité margiale pour le chômage.
Les économistes savent que la rigidité du marché
du travail n'a qu'un faible impact sur le taux de chômage. De la même manière que le pouvoir d'achat se crée grâce à la croissance, l'emploi ne se crée pas par la flexibilité. La flexibilité
accelère les périodes de transition. Autrement dit, dans une tendance négative, un marché du travail flexible verra le taux de chômage augmenter plus vite. Dans une tendance positive,
le taux de chômage baissera plus vite. Et sur ce point, ce qui est valable du point de vu macro économique l'est également d'un point de vue micro économique.
[HORS SUJET : Une remarque : si le gouvernement semble si pressé par la réforme du code du travail, c'est qu'il y a urgence. Cette réforme doit passer en utilisant l'argument du chômage trop elevé.
Or, évolution démographique aidant, même avec une croissance faible il s'avère vraissemblablement que le chômage va continuer de baisser jusqu'à des taux substantiellement bas. Une fois le chômage
à 6 % le gouvernement n'aurait aucun argument à mettre sous le dent de l'opinion publique pour justifier une flexibilité accrue du marché du travail. Il se trouve donc dans une situation
d'urgence]
3) la proposition de N.S de sanctionner les chômeurs refusant 2 offres d'emploi "acceptables".
Bon, disons le clairement : la notion d'acceptabilité est purement subjective. Pour moi, un emploi à 30 km de chez moi est acceptable, parce que j'ai une voiture etc. Pour quelqu'un qui n'a pas de
voiture, ou qui est payé une misère, une offre d'emploi à 30 km est acceptable ?
J'entendais Hervé Mariton, partisans de cette réforme à la radio. Apparement, une offre d'emploi d'interimaire sera jugée comme acceptable selon lui. Quand on a une famille à nourrir et des crédits
sur le dos, une offre d'emploi interimaire est-elle si acceptable que cela ? Hervé Mariton Argue du fait que les entreprises commencent à embaucher en interim avant d'embaucher en CDI, pour
"tester" le salarié. C'est en partie vrai. Sauf qu'un CDI comporte une période d'essai qui va de quelques jours jusqu'à plusieurs mois.
En fait, l'article L 311-5 du code du travail précise déjà qu' "Un décret en Conseil d'Etat, élaboré après consultation des partenaires sociaux, détermine les conditions dans
lesquelles sont radiées de la liste des demandeurs d'emploi des personnes qui ne peuvent justifier de l'accomplissement d'actes positifs et répétés en vue de retrouver un emploi, de créer ou de
reprendre une entreprise, ou qui, sans motif légitime, refusent d'accepter un emploi, quelle que soit la durée du contrat de travail offert, compatible avec leur spécialité ou leur formation, leurs
possibilités de mobilité géographique compte tenu de leur situation personnelle et familiale et des aides à la mobilité qui leur sont proposées, et rétribué à un taux de salaire normalement
pratiqué dans la profession et la région."
En clair, pour l'instant, d'après la loi, un chômeur peut se faire radier s'il refuse une offre d'emploi quelle qu'en soit la durée, mais à condition d'être compatible avec leur spécialité ou leur
formation, et avec leurs possibilités de mobilité géographique compte tenu de leur situation personnelle et familiales.
Mais cet article n'est que peu utilisé pour l'instant, Le Monde donne les chiffres de l'ANPE : 563 680 radiations, 13 672 ont comme source un
refus d'offre. sur la période janvier - novembre 2007. Voir ici :
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-996193@51-996124,0.html
L'idée serait donc de favoriser l'utilisation de cette disposition ainsi que de l'alourdir.
Bon, là encore, pas besoin d'être économiste pour comprendre qu'on ne fera baisser le taux de chômage qu'à la marge avec une telle disposition.
4) La franchise médicale : 0.5 € par boite de médicament à débourser et par acte paramédical, et 2 € par transport sanitaire.
Elle va s'ajouter aux 1 € versé à chaque consultation. Là encore, une goutte d'eau dans les comptes de la sécu. On parle de 800 millions d'économie annuelles. Le PLSS 2008 projet de loi
de financement de la sécurité sociale pour 2008 prévoit environ 8 milliards d'euros de déficit pour les régimes de protection obligatoires. Pour un budget total de 400 milliards
d'euros.
Cette franchise est donc une goutte d'eau. Pourquoi l'instituer ? 1) parce que goutte d'eau deviendra grande (soyez-en sûr) 2) pour ce à quoi je veux en venir : transformation de la société
française.
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Ces exemples pour vous montrez quoi ?
En réalité, toutes ces mesures, vous le voyez, n'auront qu'un impact très faible sur la croissance ou l'amélioration de la compétitivité de notre pays. J'aurais pu en prendre des dizaines
d'autres.
Mais l'idée principale est symbolique : il s'agit de transformer les Français. Les Français hédonistes, attachés à leur modele de société dans lequel le travail et la consommation ne sont qu'un
élément parmi d'autres (famille, loisirs, etc). Va poursuivre la mutation qu'il a commencer jusqu'à devenir un parfait consommateur qui travail et évite surtout de trop penser.
Annah Arendt dans [I]La condition de l'homme moderne [I] (1961 !) soulignait déjà les dangers d'une société où l'on produit pour produire et non pas pour jouir.
Il s'agit de transformer le travail et la consommation. D'un moyen pour être heureux, ils doivent devenir une fin. Sarkozy parlait de créer une politique de la civilisation. Il favorise
actuellement une civilisation de la destruction. Destruction des valeurs, et destruction des richesses.
Sur la destruction des richesses, j'ai une intime foi en la science...elle permettra peut-être de nous assurer un niveau de vie correct avec une seule planète. En revanche, la destruction des
valeurs me parait, elle, bien plus préoccupante.